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Déclaration conjointe pour la Pride d’Istanbul

juillet 3, 2017

Pour la troisième année consécutive, la LHBTI+ Pride a été interdite et des manifestants arrêtés par la police; le gouvernement turc les empêchant ainsi d’exercer leurs droits humains.  

Ces 25 dernières années, la Semaine de la Pride LHBTI+ d’Istanbul se déroulait pendant la dernière semaine de juin et la marche proprement dite avait lieu le dernier dimanche de juin depuis 2003.  Jusqu’en  2015 elle avait été célébrée principalement dans la joie et la paix.

Le gouvernement local a prétendu que l’application de la marche pour 2017 n’avait pas été faite correctement, alors que les organisateurs avaient informé l’office du gouverneur à propos de la date et de l’endroit de la marche, et ils avaient sollicité une rencontre bien avant la marche, mais leur requête avait été ignorée.

Cette année, les raisons avancées par le gouvernement local pour interdire la marche étaient que « la marche a suscité de très sérieuses réactions de la part de divers segments de la société » et que » la marche en cours de préparation ne sera pas autorisée pour la sécurité de nos citoyens  [..] des participants, et des touristes […] et par souci pour l’ordre public, une réunion et une marche de manifestation ne seront pas autorisées à la date mentionnée, ni avant, ni après. »

Le public prêt à célébrer la LHBTI+ Pride s’était réuni sur la place Taksim Square à Istanbul, défiant l’interdiction en l’honneur de leurs droits. Ils ont été accueillis par la police anti-émeute qui a tiré des balles en caoutchouc et utilisé du gaz lacrymogène, et 28 manifestants  ont été arrêtés. The Guardian a indiqué que les forces de police étaient bien plus nombreuses que les manifestants. Ce sont les mêmes forces de police qui, après l’interdiction par le gouvernement local, n’ont pas été capables de protéger les manifestants.

Les manifestants arrêtés ont été relâchés le même jour vers minuit et il paraîtrait que le gouvernement prévoit de les poursuivre en justice pour entrave au travail des policiers  et questions d’Etat d’urgence. Récemment, la 60ème Cour pénale d’Istanbul (Çağlayan Adliyesi)  a acquitté 13 personnes accusées des mêmes délits à la  Trans Pride en 2016, parce qu’ils avaient le droit de protester sans avoir obtenu d’autorisation préalable. Les groupes nationalistes de droite opposés à la marche  LHBTI+ Pride étaient présents à la marche de cette année. Ceux d’entre eux qui ont été arrêtés ont été relâchés immédiatement, et contrairement aux participants de la Pride, ils n’ont dû répondre à aucune question par rapport à leur identité. Ces groupes de droite et les journaux ciblant les personnes LHBT+ bénéficient , semblerait-il, d’un laisser passer pour répandre la haine.

IGLYO, le Forum européen de la Jeunesse et le Conseil consultatif pour la jeunesse du Conseil de l’Europe sont persuadés qu’il incombe au gouvernement, à la police et aux autres autorités de sauvegarder les droits de l’homme de toutes les personnes ainsi que leur droit à les exercer. En interdisant les marches et en utilisant la violence envers les participants, l’Etat viole les libertés de rassemblement, d’association et d’expression.  La haine de la part de certains  “segments de la société” envers les personnes LHBTQI ne pourra jamais être une excuse pour restreindre notre droit de nous organiser ou de participer à des rassemblements publics. En interdisant la Pride, le gouvernement local a fait montre de discrimination à l’encontre d’un groupe très vulnérable et ciblé, et il leur a refusé leurs droits humains fondamentaux.

IGLYO, le Forum européen de la Jeunesse et le Conseil consultatif pour la jeunesse du Conseil de l’Europe condamnent les violations continues des droits humains des  personnes LHBTQI en Turquie et, conformément à la Résolution sur les mesures restrictives à la liberté d’expression, de rassemblement et d’association prises à l’encontre des personnes et organisations LHBTQI en Turquie adoptée par l’Assemblée générale du Forum européen de la Jeunesse en avril  2017, avec le soutien du Conseil consultatif pour la Jeunesse du Conseil de l’Europe, nous réaffirmons :

  • Notre soutien aux organisations LHBTQI en Turquie, en particulier aux organisations de jeunesse, dans leur travail en faveur de l’égalité et des droits humains pour tous;
  • Notre soutien au développement d’un plan en vue d’adopter un cadre légal pour la protection des personnes LHBTI et d’interdire les crimes haineux homophobes et transphobes ainsi que la discrimination;
  • Notre engagement à continuer de suivre la  situation de la jeunesse LHBTQI en Turquie, et d’aborder la situation actuelle et toute éventuelle future violation des droits humains des jeunes personnes LGBTQI en Turquie;
  • Notre reconnaissance du fait que la discrimination à l’encontre des LGBTQI+ constitue une violation du droit relatif aux droits humains et qu’une approche holistique envers la mise en oeuvre et l’éducation aux droits humains doit être adoptée. Il est urgent d’appliquer la loi au moyen des outils adéquats et de l’éducation nécessaire pour traiter des crimes haineux;
  • Notre appel auprès du Conseil de l’Europe, de l’UE, de l’ONU et d’autres organisations et institutions internationales pour inclure les questions relatives aux personnes  LHBTQI de manière plus étendue dans leurs politiques et leur mise en oeuvre. En particulier en ayant plus de contacts avec les organisations  LHBTQI en Turquie;
  • Notre demande auprès du Conseil de l’Europe, d’autres organisations européennes et internationales pour garantir la pleine inclusion des représentants d’organisations et de mouvements LHBTQI en Turquie et d’acteurs indépendants dans un dialogue sur la formulation des agendas et  programmes sur les questions relatives à la jeunesse LHBTQI ;
  • Notre demande auprès du Conseil de l’Europe, de l’UE, de l’ONU et d’autres organisations et institutions européennes et internationales pour encourager les valeurs démocratiques, en particulier en lien aux jeunes personnes  LHBTQI, ainsi qu’une attitude responsable envers les traités internationaux, et le respect des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels des jeunes en Turquie;
  • Notre demande auprès de l’Unité Orientation sexuelle et Identité de Genre au sein du Conseil de l’Europe pour qu’ils contrôlent la situation en Turquie et qu’ils déploient tous les instruments nécessaires pour encourager la protection des personnes LHBTQI+ au sein de la région;
  • Notre demande auprès de la Haute Commissaire de l’ONU aux Droits de l’Homme pour qu’elle soulève auprès du gouvernement de Turquie les inquiétudes extrêmes relatives à l’abus des droits des personnes LHBTQI en Turquie.


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