[BLOG] Ce monde n'est pas égal, mais doit-il l'être ?

Un jeune couple mendie dans un chic quartier commercial de Bruxelles, Avenue Louise. Crédit photo : Jan Mayrhofer 

Par Jan Mayrhofer

@JPMayrhofer

Je travaille et j'habite dans le quartier européen. L'atmosphère grise et institutionnelle de Ia puissance politique de l'Europe lui donne un cachet différent de celui de la ville plus diverse de Bruxelles. Ici, il est facile d'ignorer et d'échapper à l'inégalité cachée et insidieuse qui nous entoure. Ce n'est que très rarement que je suis confronté à des images d'inégalité comme celle que j'ai photographiée l'an dernier.  

De temps en temps, les infos rapportent les derniers chiffres sur l'inégalité. Aujourd'hui, huit hommes super riches qui pourraient se retrouver à dîner autour d'une table possèdent la même richesse que la seconde moitié de la population mondiale - 3,6 milliards (3.600.000.000) d'individus. De tels chiffres peuvent être difficiles à saisir et faciles à oublier. 

Or, il est une histoire d'inégalité qui a persisté. C'est une histoire qui a été racontée et re-racontée durant des décennies; l'histoire de la méritocratie. Elle repose sur l'idée que tous ensemble, nous pouvons travailler dur pour libérer notre potentiel et gravir les échelons du succès. N'importe qui peut y arriver. C'est le rêve américain. L'histoire se poursuit en disant qu'à la fin, la richesse se propagera et tout le monde pourra en bénéficier. L'inégalité est simplement une chose que nous devons accepter si nous voulons des progrès sociaux. Il n'y a pas d'alternative.

Il existe de nombreux problèmes avec cette idée; des problèmes auxquels les jeunes générations sont particulièrement confrontées. Le fait qu'un dur labeur peut à lui seul garantir le "succès économique" n'est qu'un mythe parmi tant d'autres. Bien qu'ils soient peut-être la génération la plus instruite à ce jour, les jeunes du monde entier font l'expérience de niveaux d'inégalité sans précédent. En 2014, les jeunes sont devenus le groupe le plus vulnérable à la pauvreté dans l'OCDE. Un pourcentage spectaculaire de 43% de la main d'oeuvre mondiale de jeunes sont soit au chômage ou alors ils travaillent mais vivent dans la pauvreté. 

Derrière ces chiffres se cachent des individus et leurs histoires. Le jeune couple de la photo a émigré de Roumanie à la recherche de meilleures perspectives que celles qui étaient disponibles dans leur pays natal. Le fait d'être confronté à de telles scènes d'inégalité vous interpelle. Est-il juste que certaines personnes soient nées avec une cuiller en argent dans la bouche alors que d'autres sont nés dans une pauvreté abjecte ? La plupart diraient que c'est injuste. L'inégalité de revenus figure au top trois des sujets qui préoccupent les jeunes. Mais... que pouvons-nous y faire ? 

Il existe deux moyens principaux de créer une société plus égalitaire. Imaginez que vous avez deux enfants. Vous leur achetez une glace à tous les deux. Le premier moyen est d'acheter trois boules de glace pour le premier et une boule seulement pour le deuxième. Pour rendre les choses plus équitables, vous retirez une boule de glace au premier pour la donner au deuxième. Cela va certainement amener une dispute et en faire pleurer l'un des deux. L'autre moyen est de leur donner deux boules de glace à chacun dès le départ. Cela s'appelle la "nouvelle économie". 

La bonne nouvelle, c'est que la "nouvelle économie" existe déjà dans notre vieille économie. Tout commence avec la démocratie. La démocratie laisse les individus s'exprimer et façonner leur propre avenir et celui de leurs enfants. De nombreuses façons, la démocratie est l'une des plus grandes idées de l'histoire de l'humanité. 

Cependant, si nous nous soucions de la démocratie dans la sphère publique, pourquoi sommes-nous pour la plupart prêts à l'abandonner dans la sphère économique ? Si vous travaillez pour une entreprise ou même dans le secteur public, et que vous ne dirigez pas votre organisation, il est fort probable que vous ayez très peu voire pas d'influence du tout sur les décisions que prend votre organisation.

Il existe une alternative. Dans les coopératives de travail comme on les appelle, les employés ont le titre de membres, et ils votent sur toutes les décisions stratégiques, tout comme les actionnaires dans une entreprise. La différence avec les entreprises, c'est que dans une coopérative de travailleurs, c'est un vote par personne, exactement comme dans une démocratie.  

Il n'est pas surprenant que les structures coopératives aboutissent à des résultats bien plus égaux. Imaginez que tout le monde dans votre travail ait son mot à dire sur la structure de paiement. Choisiriez-vous de payer votre patron 147 fois plus que vous ? (147:1 est le taux moyen de rémunération dans des entreprises traditionnelles en Allemagne; aux Etats-Unis il est de 354:1). Dans la plupart des coopératives, le taux de rémunération est de un pour un, ou parfois un peu plus. Par exemple, dans l'une des plus grandes coopératives du monde, la coopérative Mondragon au pays basque d'Espagne, qui compte plus de 70.000 travailleurs, le taux de rémunération est de un pour six. 

Une nouvelle histoire d'inégalité est apparue après la crise financière de 2008: l'histoire des "99%". C'est une histoire défendue par des jeunes qui veut utiliser le pouvoir des individus pour lutter contre l'inégalité extrême et elle n'a fait que grandir depuis. Il est temps à présent de mettre le pouvoir des individus en pratique. Les coopératives et d'autres formes démocratiques d'organisations dans la "nouvelle économie" pourraient bien être les bons vecteurs pour responsabiliser les jeunes pour qu'ils construisent une économique bénéfique à tout le monde, pas uniquement à une poignée de privilégiés.  

Cet article fait partie d'une série sur certaines des choses qui doivent changer pour tendre vers un avenir durable et le rôle des jeunes dans le processus.

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