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L'Europe laisse-t-elle tomber ses jeunes ? Le Conseil de l'Europe est en train de perdre la mémoire !

16. 05. 2019

Par Carina Autengruber, Présidente du Forum européen de la Jeunesse 

Bon anniversaire, Conseil de l’Europe. Pardonne-nous de n’avoir pas grand chose à célébrer. Après 70 ans d’existence et 50 ans depuis l’établissement du Fonds européen de la Jeunesse, il semble que les progrès en faveur des droits des jeunes se dirigent tout droit dans le mur.

Fondé en 1949, le Conseil de l’Europe rassemble 47 Etats membres autour d’un instrument juridique majeur : la Convention européenne des droits de l’homme. Cependant, le travail du Conseil de l’Europe dépasse de loin celui de la Cour. Ces dernières décennies, le Conseil de l’Europe a développé toute une série d’activités promouvant ses principes fondateurs que sont la sauvegarde des droits humains, de la démocratie et de l’Etat de droit.

C’est Willy Brandt qui en 1969, en réponse aux jeunes étudiants qui manifestaient dans les rues en 1968, avait proposé la création du Fonds européen pour la Jeunesse pour soutenir les mouvements de jeunesse et leur permettre de travailler en plus étroite collaboration.  

C’est le Chancelier Helmut Kohl qui voulut construire un deuxième Centre européen de la Jeunesse à Budapest pour accueillir le nombre croissant de jeunes militants en Europe après la chute du mur de Berlin. C’était en 1994.

Ces dix dernières années, le Fonds européen de la Jeunesse a octroyé des subventions à des organisations locales, nationales et européennes de jeunesse, bénéficiant à près de 3,5 millions de jeunes à travers l’Europe. Dans la même période, les Centres européens de la Jeunesse de Strasbourg et Budapest ont formé 20.000 jeunes pour qu’ils deviennent des défenseurs des droits humains et qu’ils agissent en tant que multiplicateurs pour promouvoir l’Etat de droit et la participation des jeunes dans la vie démocratique.

A présent, les jeunes Européens pourraient être confrontés à une nouvelle réalité. Le Secrétaire général du Conseil de l’Europe, Mr. Thorbjørn Jagland, a annoncé au début de ce mois que suite à la crise budgétaire que subit l’organisation, il avait élaboré un plan d’urgence. Ce plan, qui doit être adopté par les Etats membres, implique la fermeture de l’ensemble du Service de la Jeunesse d’ici à 2021 et sa transformation en un accord partiel.

Les résultats seraient catastrophiques. Si le Service de la Jeunesse est transformé en accord partiel, nous continuerons de risquer un avenir très volatile pour le secteur, à la merci totale des caprices des Etats membres. Enfin, à plus long terme, nous encourons une perte irrémédiable, pas seulement pour les jeunes, mais pour l’avenir de l’Europe.

En tant que génération la plus pro-européenne, les jeunes sont destinés à être les plus négligés par les décideurs européens. Peut-être même par ceux qui, quelques décennies auparavant, étaient ceux qui bénéficiaient directement des activités jeunesse du Conseil de l’Europe. Est-ce réellement le message que les dirigeants européens envoient aux millions de jeunes citoyens qui marchent dans les rues, demandant que leurs voix soient entendues sur des problèmes comme le changement climatique ?

Si ce plan d’urgence devenait réalité, les aboutissements et gains obtenus par le Service de la Jeunesse du Conseil de l’Europe seraient gravement coupés court. Qu’il s’agisse de ne plus pouvoir directement influencer les normes européennes en matière de politique jeunesse ou d’affecter les opérations du système de cogestion; la forme la plus avancée de participation des jeunes au monde, où les jeunes ont le même pouvoir décisionnel que les représentants gouvernementaux dans les questions relatives au développement de la politique de jeunesse. Les jeunes en Europe ne peuvent se permettre de perdre tout cela.

Le Conseil de l’Europe a atteint un moment charnière, pas uniquement du point de vue de ses finances mais aussi de son leadership. Ces énormes restrictions budgétaires qui altéreront le rôle, l’influence et la portée des générations à venir sont opérées juste avant l’élection d’un nouveau Secrétaire général le mois prochain, son nouveau mandat débutant le 1 octobre 2019. Pourquoi les priorités relatives à l’avenir du Conseil de l’Europe sont-elles établies par le dirigeant sortant plutôt que par le dirigeant entrant ?

Le rôle des Etats membres pour éviter cette crise ne peut pas non plus être négligé. Une augmentation de dix pour cent des contributions financières par chaque Etat membre pourrait compenser la totalité du déficit budgétaire, tandis que seulement 10 millions par an de leur part à tous couvriraient le financement du Service de la Jeunesse.

Alors que les Ministres européens des Affaires étrangères se réunissent à Helsinki cette semaine, nous demandons aux Etats membres de prendre les questions relatives à la jeunesse au sérieux. Nous devons à tout prix éviter toute coupe disproportionnée dans la jeunesse. Nous devons donner la chance au nouveau leadership de pleinement évaluer le rôle du Service de la Jeunesse, et nous devons permettre au Conseil de l’Europe de continuer à protéger et promouvoir les droits des jeunes.

Il est choquant qu'en ce 70ème anniversaire du Conseil de l'Europe les jeunes doivent lutter pour défendre leurs droits au lieu de célébrer. Il est temps que l'Europe apprenne de ses erreurs. Ne faites pas payer une autre crise à la jeunesse. 

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