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Ne sommes-nous pas assez bien pour le poste ?

07. 03. 2019

par Carina Autengruber, Présidente du Forum européen de la Jeunesse 

En cette journée internationale des droits de la femme, et moins de trois mois avant la plus grande manifestation de la démocratie européenne - les élections parlementaires européennes en mai -  on se demande où sont les femmes en politique ? 

Elles ne devraient pas être si difficiles à trouver. Si l'on écoute bien, les femmes politiquement engagées, dotées d'opinions, militantes sont partout dans nos sociétés. Pourtant, dans les positions de "pouvoir", des postes élus, il faut chercher un peu plus. 

Des données publiées cette année par l'Union interparlementaire démontrent que seulement un parlementaire national sur quatre est une femme et que seuls trois pays dans le monde comptent 50% ou plus de femmes dans les chambres uniques ou basses de parlements (1). Seule une poignée d'entre elles sont des jeunes femmes. Lors des dernières élections européennes, moins de 3% des membres élus étaient des femmes de moins de 35 ans.

Donc, plutôt que d'essayer de répondre à la question de savoir où sont les jeunes femmes politiciennes, il faudrait reformuler la question et s'attaquer au véritable problème : qu'est-ce qui explique qu'il soit si difficile pour les jeunes femmes d'entrer en politique? 

Bien souvent, les jeunes femmes se retrouvent à croire en l'idée que "le meilleur gagne". En d'autres termes, si vous êtes qualifié·e et que vous travaillez suffisamment dur, vous obtiendrez l'un de ces sièges parlementaires tant convoités. Mais est-ce réellement "aussi facile"? La vérité est que même si vous avez été élue, le déséquilibre  de pouvoir est toujours clairement visible. Dans l'Union européenne, le seul pays qui soit près d'atteindre l'équilibre des genres en terme de part des femmes ministres, femmes membres du parlement et femmes dans les assemblées régionales est la Suède. Elle affiche un indicateur de "pouvoir politique" supérieur à 90 (avec un score de 100 pour l'équilibre des genres). En comparaison, le Parlement européen n'en est qu'à 36,1 pour cent (2)

Si l'on étudie ces chiffres dans une perspective du mérite, cela signifie-t-il que les hommes sont trois fois plus capables d'être des politiciens? Ne sommes-nous, les femmes, simplement pas assez bien pour le poste ?  

Je ne pense pas. Parce que la politique n'existe pas en vase clos. Nos représentants élus ne reflètent pas nos sociétés, parce que nos sociétés négligent et sous-évaluent des groupes particuliers. La définition actuelle du "mérite" tire ses origines d'un groupe exclusif occupant une position de pouvoir et comptant bien la maintenir. Il faut arrêter de croire que le mérite est un moyen objectif et neutre d'évaluer le succès, d'ailleurs un nombre croissant d'études le prouvent (3,4). Un Livre blanc publié par le Comité national australien des femmes de l'ONU indique que la notion de mérite est très subjective et qu'elle perpétue l'inégalité des genres. Une politique qui repose sur un régime du mérite obsolète n'est clairement pas accessible aux jeunes femmes. 

Qu'est-ce que tout cela signifie concrètement ? En bref, que nos démocraties souffrent de l'absence des femmes en politique. Mais il ne s'agit pas uniquement de promouvoir un siège à la table pour les jeunes femmes; il s'agit également de changer le système proprement dit. Trop souvent, le soutien en faveur des jeunes femmes en politique se limite à des possibilités de formation. Les jeunes femmes sont formées pour s'adapter à un système qui n'a pas été façonné par des jeunes femmes du tout. Alors comment pouvez-vous activement participer lorsque le système établi n'a pas été créé par et avec vous? Si nous voulons vraiment amener le changement il faut s'attaquer aux règles non écrites et aux barrières auxquelles les jeunes femmes sont confrontées dans la vie politique. Cela implique de travailler sur les réglementations internes des partis, d'encourager un dialogue ouvert et inclusif, ou de promouvoir une gouvernance sensible au genre au niveau national (5).

Les prochaines élections parlementaires européennes seront décisives pour notre démocratie. Plus important sera le nombre de jeunes femmes élues à des postes politiques, plus elles seront à même de changer les structures au sein desquelles elles se trouvent. Les récentes élections aux Etats-Unis ont vu un nombre record de femmes élues, engendrant une plus grande diversité indispensable pour contester les tendances que nous suivons consciemment ou inconsciemment.  Il semble que ce soit le moyen de renforcer notre démocratie, n'est-ce pas ?  

Qui sera l'équivalent européen d'Alexandria Ocasio-Cortez? Si nous ne corrigeons pas notre système politique, je crains que nous ne le sachions jamais. 

Plus de lecture :

(1) http://archive.ipu.org/wmn-e/classif.htm

(2) http://www.europarl.europa.eu/RegData/etudes/BRIE/2019/635548/EPRS_BRI(2019)635548_EN.pdf

(3) https://www.unsw.adfa.edu.au/public-service-research-group/sites/cpsr/files/uploads/Middle%20Managers%20and%20Gender%20Equity.pdf

(4) http://www.ifn.se/wfiles/wp/wp1043.pdf

(5) https://www.osce.org/odihr/120877?download=true

 

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